Accueil > L’association > Une ode à la paix

Une ode à la paix

Les musiciens du Trio Ctésibios (Quentin Guérillot-orgue, Khrystyna Sarksyan-flûte et Thibaut Reznicek-violoncelle) et le lecteur Jacques-Rémi Dahan avaient bien choisi leur programme pour ce concert-lecture pour la paix du samedi 10 novembre à 20h30 en l’église de Fayl-Billot. Ils ont fait preuve de générosité, de sincérité et de conviction, emportant le public dans une évocation de la guerre passée et de ses acteurs, comme une invitation à l’engagement de chacun pour tous, « de la base au sommet » pour faire durer une paix si chèrement acquise, et si fragile…
C’est avec un passage de l’ouvrage Le Feu d’Henri Barbusse, que cette soirée poignante a commencé. Le réalisme de cet ouvrage avait soulevé à l’époque la colère d’un certain public et l’enthousiasme de ses camarades de combat. « … Le grand ciel pâle se peuple de coups de tonnerre … la terre ! …des amas de boue où se dressent çà et là quelques piquets cassés, des chevalets en X, disloqués, des paquets de fil de fer roulés, tortillés, en buissons… je vois des ombres émerger de ces puits latéraux, et se mouvoir, masses énormes et difformes : des espèces d’ours qui pataugent et grognent. C’est nous… » puis Quentin Guérillot, organiste de la cathédrale de Saint-Denis et professeur au Conservatoire de Chaumont, a fait sonner l’orgue de ses sept cent soixante quatre tuyaux, avec une Toccata festive et presque « militaire » de Nicolas-Joseph Wackenthaler (1840-1913), compositeur alsacien comme lui. Khrystyna Sarksyan flutiste originaire d’Ukraine et enseignant en Picardie, Thibaut Reznicek violoncelliste franco-tchèque qui partait dimanche matin tôt pour Salzburg jouer et enregistrer, sont, comme Quentin, anciens élèves du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris. Ils ont divinement interprété des pièces tantôt douces et cantilènes, poignantes et extatiques, méditatives et virtuoses, pleines d’énergie et joyeuses, de Widor, Roth, Wély et Mozart. Les lectures ont quant à elles continué d’accompagner les spectateurs dans ce voyage au service de la paix, avec Louis Aragon qui vécut les deux guerres mondiales, faisant sur le front cette expérience dont on ne revient pas… ; avec Pierre Emmanuel, poète et académicien, enseignant et Résistant ; avec René Char grand résistant… ; avec Wilfred Owen, jeune poète anglais, resté jeune pour l’éternité puisque engagé volontaire, sous-lieutenant au Manchester Regiment, tombé sous la mitraille à Ors huit jours avant l’armistice du 11 novembre 1918… ; et enfin avec Yvon Le Men (1953-), poète et voyageur, pour rappeler que la guerre ne s’est jamais beaucoup éloignée… et qu’à l’intérieur de la vieille Europe, à Sarajevo, là où un attentat avait entrainé l’engrenage que l’on sait, elle a continué de briser des vies et de réduire en poussière des destins… En milieu de soirée et alors que le public était déjà transporté, l’improvisation inoubliable sur le thème du final de la monumentale Symphonie no 9 de Beethoven, de Quentin Guérillot a comme résumé toute la vie humaine avec ses tragédies et ses espérances de félicités, … et Jacques-Remi a poursuivi avec des extraits de l’Ode à la joie de Friedrich von Schiller immense poète à mieux connaître, qui ont résonné dans l’église comme une exhortation « … Oublions nos haines et nos vengeances ; pardonnons à notre ennemi mortel ! …Brûlons nos titres de créances. Que le monde entier se réconcilie ! »…
La pluie et le vent ont peut-être fait renoncer une partie du public habituel, pourtant l’église était bien chauffée. Mais la musique et les lectures ont pu prodiguer à ceux qui étaient là recueil, sérénité et énergie, ce qui a pu se sentir dans les échanges qui ont suivi, dans les allées de cette belle église de Fayl-Billot. Remerciant les musiciens, le public, le Père Félix Malolo curé de la paroisse, Monseigneur Joseph de Metz-Noblat évêque de Langres, et les élus qui étaient là ce soir, le président des Amis de l’orgue a beaucoup insisté pour remercier la responsable d’Arts vivants 52, émanation du Conseil départemental, grâce à qui ces concerts sont possibles. La paix valait bien ce concert-lecture qui a séduit un public familial de tous âges. La veille, cent soixante enfants du primaire et les résidents de l’EPAHD de Fayl-Billot avaient aussi écouté ces musiciens comme chaque année, tout ceci motivant les organisateurs, et les encourageant à continuer pour se réunir autour de la musique, faire connaitre notre contrée et ses richesses, et finalement favoriser encore les rencontres semeuses de paix.